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Cannabis & loi

Le CBD est-il légal en France ?

Par Maëlys Rocheteau4 min de lecture
Feuille de chanvre et flacon de CBD devant une balance et le drapeau français
Sommaire6

La réponse courte est oui. La réponse utile tient en quatre points : un seuil, une jurisprudence, une liste de molécules interdites, et un risque routier que presque personne n'anticipe.

1. Le seuil : 0,30 % de THC

C'est le pivot de tout l'édifice. Un produit à base de chanvre est licite en France si sa teneur en delta-9-THC ne dépasse pas 0,30 % dans le produit fini.

Deux conditions s'y ajoutent côté production :

  • le chanvre doit provenir d'une variété inscrite au catalogue officiel ;
  • il doit être cultivé à partir de semences certifiées, par un exploitant déclaré.

Le CBD lui-même n'est plafonné par aucun seuil : il n'est pas classé stupéfiant. C'est bien le THC, et lui seul, qui fait basculer un produit dans l'illégalité.

2. L'affaire des fleurs : ce que le Conseil d'État a tranché

C'est l'épisode qui a structuré le marché français, et il vaut d'être connu dans l'ordre.

19 novembre 2020 — CJUE, arrêt Kanavape (C-663/18). La Cour de justice de l'Union européenne juge qu'un État membre ne peut pas interdire la commercialisation du CBD légalement produit dans un autre État membre. Elle retient que le CBD ne constitue pas un stupéfiant au sens de la convention de 1961.

23 juin 2021 — Cour de cassation. La chambre criminelle tire les conséquences de Kanavape en droit interne.

30 décembre 2021 — arrêté ministériel. Le gouvernement autorise le commerce du CBD, mais interdit la vente aux consommateurs des fleurs et feuilles brutes, au motif qu'elles seraient indissociables du cannabis stupéfiant à l'œil nu.

24 janvier 2022 — Conseil d'État, référé. Le juge des référés suspend cette interdiction, jugeant le doute sérieux sur sa légalité.

29 décembre 2022 — Conseil d'État, décision au fond. L'interdiction est annulée. Le Conseil d'État la juge disproportionnée : les fleurs et feuilles conformes au seuil de 0,30 % ne présentent pas de propriétés stupéfiantes, et une interdiction générale excède ce qui est nécessaire à la protection de la santé publique.

Depuis, la vente de fleurs et de résines de CBD conformes est pleinement licite. C'est un point de droit établi, pas une tolérance.

3. Les molécules qui, elles, sont interdites

C'est là que beaucoup de consommateurs se trompent encore, parce que ces produits ont été vendus au grand jour pendant deux ans.

Depuis le 13 juin 2023, l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a classé sur la liste des stupéfiants :

  • l'hexahydrocannabinol (HHC) ;
  • le HHC-acétate (HHCO) ;
  • l'hexahydroxycannabiphorol (HHCP).

Depuis le 3 juin 2024, une seconde décision a élargi la liste :

  • H4-CBD et H2-CBD ;
  • HHCPO, THCP, THCA ;
  • plusieurs cannabinoïdes purement synthétiques.

Production, vente, détention et usage de ces substances sont interdits. Un commerce qui en propose encore vend des stupéfiants, quelles que soient ses affirmations.

4. Le piège du contrôle routier

C'est le risque le plus concret, et il est mal compris parce qu'il repose sur une logique différente de celle du seuil.

L'article L. 235-1 du Code de la route sanctionne la conduite après usage de stupéfiants dès lors que la substance est décelée dans l'organisme. Il n'existe aucun seuil de tolérance : la loi ne dit pas « au-delà de tant », elle dit « si l'on en trouve ».

Or un produit conforme contient légalement jusqu'à 0,30 % de THC. Une consommation régulière, ou une consommation par inhalation peu avant de prendre le volant, peut suffire à déclencher un test salivaire positif.

Les peines encourues sont lourdes : jusqu'à deux ans d'emprisonnement, 4 500 € d'amende et six points de retrait, sans compter les conséquences en matière d'assurance.

La légalité du produit ne protège pas le conducteur. C'est la contradiction la plus importante du droit français en la matière, et il faut la connaître avant d'acheter.

5. Le volet alimentaire, toujours bloqué

Un dernier point, souvent passé sous silence : les extraits de CBD relèvent au niveau européen du statut de nouvel aliment (novel food). Cette qualification impose une autorisation préalable avant toute commercialisation à destination de l'alimentation humaine.

En pratique, les produits ingérables au CBD circulent dans une zone d'incertitude persistante. Les huiles vendues en France le sont fréquemment sans mention d'un usage alimentaire, précisément pour éviter cette qualification.

Ce qu'il faut retenir

QuestionRéponse
CBD autorisé ?Oui
Seuil de THC0,30 % dans le produit fini
Fleurs et résinesAutorisées depuis la décision du 29 décembre 2022
HHC, HHCO, HHCPStupéfiants depuis le 13 juin 2023
THCP, H4CBD, HHCPO, H2CBD, THCAStupéfiants depuis le 3 juin 2024
Culture personnelleNon autorisée
ConduiteAucun seuil de tolérance : risque réel
Vente aux mineursInterdite

Pour aller plus loin : Le CBD dans l'Union européenne · Le HHC, interdit depuis 2023 · CBD et conduite : ce que dit la loi

Questions fréquentes

Quel taux de THC est autorisé en France ?
0,30 % maximum de delta-9-THC dans le produit fini. Au-delà, le produit relève de la réglementation sur les stupéfiants.
Les fleurs de CBD sont-elles légales ?
Oui. L'arrêté du 30 décembre 2021 avait interdit leur vente au consommateur ; cette interdiction a été suspendue en référé le 24 janvier 2022, puis annulée sur le fond par le Conseil d'État le 29 décembre 2022.
Peut-on cultiver du CBD chez soi ?
Non. La culture est réservée à des exploitants déclarés, à partir de variétés inscrites au catalogue officiel et de semences certifiées. La culture personnelle reste hors de ce cadre.
Peut-on conduire après avoir consommé du CBD ?
C'est le point de vigilance principal. Le Code de la route sanctionne la conduite après usage de stupéfiants dès que la substance est décelée, sans seuil minimal. Les traces de THC légalement présentes dans un produit à spectre complet peuvent suffire à rendre un test positif.